Le marché de la vérité

La recherche d’une vérité manquant encore à l’appel aura été une des justifications les plus rappelées dans l’orgie de commentaires ayant accompagné la nouvelle de la rafle des exilés italiens des années 1970, à Paris ces jours-ci. Parmi les voix les plus autorisées, on aura remarqué celle du nouveau ministre de la Justice, Mme Marta Cartabia, accompagnée de nombreux représentants du “parti des victimes du terrorisme”. La page historique des années 1970 ne peut être encore fermée -soutiennent ces nouveaux soldats de la vérité- sans que ne soit d’abord fait la lumière sur les faits de la lutte armée. Cet établissement de la vérité ne peut du même coup être séparé de l’exécution de la peine, unique moyen -à ce qu’on comprend de leurs arguties- d’arriver à la vérité.
Affirmation à la portée implicite inquiétante : rappeler que la vérité serait ontologiquement liée à la punition ouvrirait des scenarii totalitaires qui ne semblent pourtant pas avoir déclenché d’alarmes. Qui demande la vérité de cette façon ne promeut en aucune façon un parcours de connaissance mais cherche une confirmation de ses propres préjugés, par addition autoritaire. Une vérité préconçue dont les présumés coupables devraient s’accommoder. Soit l’exact inverse de la vérité historique, qui est, au contraire, un processus libéré des conditionnements, où l’on creuse à la recherche de sources nouvelles, et où se réélaborent et se confrontent dans l’espace publique les sources les plus dignes d’intérêt. Ce qui est en revanche proposé par les milices de la vérité punitive est un marché des vérités, le marché des vérités opposables, vérités qui changent avec les changements de majorités électorales et de couleurs politiques.
La chose la plus absurde consistant à voir la plus haute autorité de la Justice promouvoir la demande d’extraditions, en utilisant pour ce faire tous les subterfuges possibles pour contourner les prescriptions là où l’inexorable écoulement du temps les a déjà sanctionnées (au vu de l’invention de la délinquance habituelle), sur la base de sentences qui reconstruisent une vérité judiciaire avec de lourdes conséquences pénales, et, immédiatement après, entendre dire que ces coupables doivent encore dire la vérité, une vérité qui ne peut donc être différente de celles qui ont été sanctionnées dans les sentences rendue (quand on pense au fait qu’il soit illégal de discuter publiquement de décisions de Justice, une fois celles-ci rendues).
Mais s’il est ainsi que vont les choses, quelle légitimité ont donc les demandes d’extraditions fondées sur des sentences de justice établies sur des semblants de vérités?
Une fois en prison après mon extradition de l’été 2002, je rétorquai la même question au magistrat de surveillance qui, en s’érigeant en 4° degré de jugement, me demandait la vérité, qui se serait, à défaut, toujours opposée à la concession de quelque mesure alternative que ce soit. «Si vous me formulez cette demande -répondis-je-, je voudrais bien savoir sur la base de quelle vérité judiciaire ai-je été condamné?». Cela ressemblait à une de ces pages de Lewis Carrol, dans Alice au pays des Merveilles, «d’abord la condamnation, puis l’établissement des faits». Evidemment, ça s’est terminé de la pire des façons. 
Qui prétend qu’il y ait encore des mystères ait au moins la cohérence de briguer l’annulation des vieilles condamnations et des vieux procès. On ne peut pas demander à la fois une vérité nouvelle et s’entêter à maintenir d’aussi vieilles accusations de culpabilité. 

Traduit de l’italien par Boudjemaa Sedira, samedi 1er mai 2021

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