Racisme dans la ville de Brescia. Des gants pour les passagers qui utilsent le bus des immigrés

«Bien utile contre les risques de contagion». Une initiative conçue par une agence publicitaire et promue par la Mairie

Paolo Persichetti
Liberazione
, 6 juillet 2010, Rome

C’est un véritable gant de défi que l’administration communale a lancé aux transports publics de la ville de Brescia. Un gant – expliquent Nicola Orto, le Conseiller communal chargé des transports, et Andrea Gervasi, le Président de Brescia Transport – pour se protéger du contact direct avec les barres d’appui et les manettes présentes dans les bus sur lesquels montent chaque jour des milliers de personnes parmi lesquelles, l’allusion est évidente, beaucoup d’étrangers et d’immigrés. Les mots d’ordre sont donc protection, crainte, peur du contact quel qu’il soit, avec les étrangers, les autres, avec l’humanité en tant que telle, surtout  souffrante. Plus que d’un Bureau de la Mobilité (intitulé qui devrait rimer avec mixité, contamination), l’initiative semble provenir du Bureau de la Paranoïa. Aucune raison d’hygiène publique ne saurait justifier une telle mesure. Il n’y a aucune épidémie ou pandémie de contact dans l’air, en revanche il y a un virus idéologique de type raciste qui cherche les voies les plus perfides pour s’insinuer en se camouflant au prix des justifications les plus grotesques. S’il est dangereux de s’accrocher aux barres des autobus, figurez-vous combien il peut être contagieux de manipuler l’argent qui passe de mains en mains (en vérité, en nombre limité et toujours les mêmes). Si la logique c’est celle-ci, pourquoi ne pas se prémunir aussi des billets de banques avec un beau dispositif prophylactique pour des doigts que l’on retirerait à la banque? Pecunia non olet, l’argent ne pue pas et il n’est pas non plus contagieux. La contagion suit d’autre voie, c’est bien connu, elle prend la ligne 3, c’est-à-dire l’autobus qui part de la Badia et traverse Brescia en passant par les quartiers à forte densité populaire pour arriver à Rezzato, une commune en périphérie. Comme par hasard, il s’agit de l’un des moyens de transport les plus utilisé par la population immigrée. Le risque de contagion suit donc les voies de la haine sociale à l’égard des plus désavantagés. Le projet est encore dans sa phase expérimentale: pendant un mois, à côté des machines à oblitérer, les usagers trouveront  un distributeur métallique qui dispensera gratuitement des gants; s’ils manifestent leur satisfaction, le dispositif sera étendu à tout le réseau urbain. Outre le fait d’offrir «de majeurs opportunités en terme de santé publique», expliquent les promoteurs de l’initiative, l’usage du gant représente également un nouveau «moyen de communication externe à haut degré d’échange et de partage de messages publicitaires». Porté comme un préservatif à mains, ce gant serait également utilisé pour dialoguer directement avec les citoyens et véhiculerait les annonces publicitaires des établissements intéressés. Sur cette surface apparaîtrait chaque jour des informations et des annonces variées. L’objectif principal – avancé par les concepteurs de ce produit baptisé Ovni, quelques enseignants et étudiants du Machina Lonati Fashion, un institut de design de Brescia lié aux Beaux Arts de Santagiulia – «serait de d’assurer une diffusion homogène et cohérente de l’image de l’entreprise à travers la publicisation de son activité, de ses services, de ses orientations et d’évènements culturels. Ceci afin de renforcer la crédibilité de l’entreprise elle-même, laquelle en retirera un surcroît de transparence et de visibilité». Sur un point, les designers ont raison, le gant est une «nouvelle forme de communication directe avec les citoyens, dans la mesure où il est possible de la porter directement sur soi». Il diffuse un racisme subliminal, banalise les sentiments les plus troubles de l’être humain. Mais que les belles âmes se rassurent, le préservatif à mains ne pollue pas, «il est écologique, réalisé dans un matériau 100 % biodégradable pour le plus grand respect de l’environnement ». Vraiment très intéressante cette nouvelle conception de l’écologie qui voit les personnes contraintes d’émigrer comme des scorie de la nature. Certains soutiennent que dans les années 1980 le design aura donné une forme plastique au vide pneumatique engendré par la mort des idéologies. À Brescia, le design fait un pas en avant, il ne donne plus sens au vide en lui donnant forme, au contraire, il diffuse de manière sinueuse des idéologies grossières chargées de haine. Il maquille le rejet.

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