Quella piccola evasione di parole, in ricordo di Sergio Manes

Leggo della morte di Sergio Manes (qui). A lui devo un libro, un libro scritto in carcere. A lui devo quella piccola evasione di parole raccolta in un volumetto di 238 pagine, Esilio e castigo. Restroscena di una estadizione. Sergio dirigeva una piccola casa editrice napoletana, La città del sole. Fu tra i pochi ad avere coraggio, darmi fiducia ed ascoltarmi in quel difficile 2005, insieme a Daniel Bensaïd che mobilitò l’editore francese Textuel. Altri pavidamente girarono le spalle. Dopo undici anni di esilio in Francia mi ritrovavo da tre anni nelle carceri italiane, “straniero in patria”, dopo una rendition avvenuta al coperto del tunnel del Monte Bianco. 
Ora che te ne sei andato, caro Sergio, ho il rammarico di non averti incontrato e abbracciato: il turbinio folle che è stata la vita sotto cronometro passata negli anni della semilibertà, venuta tre anni dopo quelle pagine, e poi quel che è succeso a Sirio mi hanno distolto. Mi angoscia questa mia mancanza, te ne chiedo scusa ora che è troppo tardi. Ciao Sergio!

Per saperne di più
Libri dal carcere e dall’esilio
Recensioni – l’ex brigatista tra esilio e castigo
Erri De Luca, “La fiamma fredda del rancore”
Vedi Paolo…
24 agosto 2002
Il Patto dei bravi
La polizia del pensiero
Francesco Cossiga, “Eravate dei nemici politici, non dei criminali”
Francesco Cossiga, “Vous étiez des ennemis politiques pas des criminels”
Un kidnapping sarkozien
Bologna, l’indagine occulta su Persichetti e il caso Biagi
Paolo Giovagnoli, quando il pm faceva le autoriduzioni
Paolo Giovagnoli, lo smemorato di Bologna
Negato il permesso all’ex Br Paolo Persichetti per il libro che ha scritto 24 agosto 2002

 

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Purifications et repentances

Daniel Bensaïd
Contretemps n° 20, septembre 2007

En août 2006, le gouvernement polonais a fait adopter une loi de « lustration » obligeant tous les fonctionnaires, enseignants, journalistes, nés avant 1972, à avouer leur faute avant le 15 mai 2007 au cas où ils auraient collaboré avec le régime communiste entre 1945 et 1989. Cette loi s’inscrit dans la chasse aux sorcières lancée depuis l’arrivée au pouvoir, en octobre 2005, des jumeaux Kaczynski. D’après le dictionnaire, « lustration » signifie « purification rituelle ». En la circonstance, il s’agit aussi d’une purification générationnelle visant à construire une Pologne nouvelle, celle des Polonais nés après 1972. Cette frontière chronologique divise en deux à la fois l’histoire et la société, sous la haute autorité d’un Institut de la Mémoire nationale (qui consonne étrangement avec notre nouveau ministère de l’Identité nationale) qui, ironie archéologique, s’appuie sur les archives de l’ancien régime pour menacer 700 000 personnes d’interdictions professionnelles.

Sous la pression de protestations internationales et du refus d’obéissance de personnalités (dont le député européen et ancien ministre Bronislaw Geremek), la loi a été partiellement invalidée le 11 mai (quatre jours avant l’échéance) par le tribunal constitutionnel. Plusieurs professions visées ont été retirées de la liste noire : les journalistes, les recteurs, les directeurs d’écoles publiques et privées, ainsi que… les dirigeants d’entreprises cotées en Bourse ! Les sanctions prévues pour collaboration ont aussi été allégées. Il ne s’agit pas moins d’une « politique du ressentiment » et de la vengeance, au diapason des accents revanchards de Nicolas Sarkozy exorcisant le spectre de 1968. Dès leur accession au pouvoir, les frères Kaczynski annonçaient un énergique programme de « rénovation morale » et de « décommunisation » qui évoque la sinistre rhétorique du sénateur Mac Carthy.

Si les médias en France se sont émus de cet acharnement inquisitorial à partir du moment où il visait des personnalités comme Geremek (et même, à titre posthume, comme Jacek Kuron) connues pour avoir résisté au despotisme bureaucratique, ils avaient été bien moins vigilants en décembre 1991, lorsque l’Assemblée fédérale de Tchécoslovaquie avait adopté un amendement au code pénal criminalisant « la propagation du communisme » : « 1. Toute personne soutenant ou impulsant un mouvement visant ouvertement à supprimer les droits et libertés des citoyens ou prônant la haine nationale, raciale, de classe, ou religieuse, par exemple le fascisme ou le communisme, sera punie d’un an à cinq ans de prison ferme ; 2. Sera punie de trois à huit ans de prison ferme toute personne coupable de : a) avoir commis les délits mentionnés par voie de presse, film, radio, télévision, ou tout moyen analogue ; b) avoir commis un tel délit en tant que membre d’un groupe organisé ; c) avoir commis un tel délit en période d’état d’urgence. »

Et cette loi fut adoptée au pays dont Vaclav Havel était président [1]. Certes, il l’avait qualifiée de « tentative désespérée et tardive de régler nos comptes avec le passé, ce qui aurait dû être fait plus tôt et autrement ». C’était mieux que rien. Mais c’était peu.

Le Parlement tchécoslovaque prétendait en effet interdire la haine de classe au même titre que la haine raciale et religieuse. Il était clair pourtant que cette interdiction visait le droit à la résistance des dominés, non le droit – haineux – à l’exploitation et à la répression des classes dominantes. Selon la lettre d’une telle loi, les mineurs britanniques de 1984, les métallurgistes brésiliens de l’ABC dont les grèves ont contribué à faire chuter la dictature, les occupants d’usines de 1968, etc., seraient passibles de cinq ans de prison pour « incitation à la haine de classe ». Et Nelson Mandela, Nazim Hikmet, Abraham Serfaty, Pablo Neruda, Jorge Amado, José Revueltas, et tant d’autres, passibles de huit ans de prison pour « propagation du communisme ». De même que quiconque constitue un « groupe organisé » pour défendre des convictions communistes « par voie de presse ou de radio » !

J’ai reçu une lettre de Paolo Persichetti datée du 2 juillet 2007 et expédiée de la prison où il est détenu depuis août 2002 après avoir été livré à la justice italienne par le gouvernement français dont Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur au mépris de la loi d’extradition européenne. Paolo, y commente la notion de « repentance » de plus en plus exigée par les juges d’application des peines pour aménager les demandes d’un détenu (voir l’article d’Alain Brossat dans Contretemps n° 18) : « Il ne s’agit plus de l’aveu, ni de la collaboration classique, ni de la vieille délation ou du repentir que l’on a déjà connu avec les lois d’urgence antisubversion […]. La grande majorité de la gauche a fait de la séquence des années 1980 un pilier de son identité, prônant elle aussi la normalisation idéologique, la prise de distance avec toute violence d’en bas, euphémisant parallèlement la violence étatique. Il s’agit d’une véritable régression culturelle résultant de l’introjection des catégories et valeurs dominantes. Le vecteur politico-culturel de cette opération a été en Italie le Parti communiste, en particulier sa composante judiciaire. L’axe culturel de cette bataille fut le catho-communisme qui est parvenu à fondre les deux grandes traditions inquisitoriales de la modernité, l’Église et le communisme d’État. Toute la législation d’urgence porte cette empreinte culturelle construite autour des notions de repentance et de reniement. Il faut dire que des deux cultures étatiques en compétition en Italie à l’époque pour le leadership du combat contre-révolutionnaire – le catho-communisme et le social-libéralisme – c’est le premier qui prit le dessus dans la lutte antiterroriste, car bien mieux enraciné dans l’appareil bureaucratique judiciaro-policier, même si cela ne l’a pas empêché de perdre la bataille pour l’hégémonie culturelle dans l’ensemble de la société. Ceci explique l’enracinement de la catégorie de repentance qui s’est inscrite tout naturellement à la fin des années 1990 dans le nouvel ordre néoconservateur. Catégorie réactionnaire par excellence, elle a été réorientée dans le cadre des visions policières de l’histoire comme usage public de l’histoire. Dans la lignée du reversement initialement proposé par Nolte, en passant par Furet, Goldhagen ou Courtois, cette nouvelle tradition historique fait un très large usage de concepts empruntés au droit pénal […]. La repentance aujourd’hui se charge d’un contenu nouveau, car elle sert à écrire le dernier chapitre du Livre noir du communisme. Dans un contexte italien dominé par les ex post idéologies, les prisonniers politiques et ex-militants de la lutte armée ont une fonction exécutoire, un rôle de bouc émissaire : devenir l’icône du Mal du siècle […]. On pourrait résumer la chose ainsi : les poststaliniens demandent aux post-antistaliniens de se repentir des crimes du stalinisme. C’est du Orwell pur et dur, de la novlangue totale. »

Purification rituelle et repentance : les dérives théologiques du droit pénal sont hélas au diapason des guerres saintes et des croisades du Bien absolu contre le Mal absolu. Elles sont dans l’air du temps, celui d’une désécularisation du monde.

Notes

[1] J’avais publié dans Le Monde de décembre 1991 une tribune réclamant l’abrogation immédiate de cette loi au nom de tous ceux dont la lutte a tracé « un chemin à travers les ténèbres ordinaires de la planète » (John Berger).

Dénis Berger e quella Francia dal basso che ha dato riparo ai rifugiati italiani

Qualche tempo fa, credo fosse l’ottobre del 2011, alla fine di una conferenza sugli anni 70 che avevo seguito per conto del giornale dove lavoravo, mentre gran parte dei partecipanti e degli spettatori abbandonavano la sala o si attardavano in capannelli proseguendo animatamente la discussione, un piccato Giovanni Fasanella molto irritato per essere stato definito dietrologo «da quelli come Persichetti e Clementi», additandomi disse pubblicamente che avrei dovuto fornire spiegazioni su chi avesse protetto e finanziato la mia fuga e il mio esilio in Francia. Fasanella alludeva ad un qualche ruolo giocato da fantomatici servizi segreti o entità non meglio precisate. Insinuazioni che in questi anni non sono rimaste confinate alla lucrosa attività di un professionista della calunnia, ma hanno avuto anche un carattere performativo. Le elucubrazioni sulla «centrale francese santuario della lotta armata in Italia», raccolte da Fasanella nel libro scritto con Franceschini, Che cosa sono le Br, Bur Rizzoli 2004, sembravano il calco delle piste investigative avviate da un solerte quanto incapace procuratore della repubblica bolognese, Paolo Giovagnoli. Una decina di anni fa questo magistrato ha condotto diverse inchieste sugli esuli, inviando numerose rogatorie che hanno dato luogo ad alcuni arresti, finiti poi nel nulla, e nell’agosto 2002 alla mia “consegna straordinaria”, sotto il tunnel del Monte bianco. Attraverso un artefatto investigativo, gli inquirenti riuscirono nel corso di una testimonianza a far coincidere il colore della zainetto blu marine, che avevo con me al momento dell’arrivo forzato in Italia, con un altro color camoscio indicato da una teste che aveva intravisto un individuo sospetto sotto l’abitazione di un consulente del governo ucciso nel marzo del 2002. Ne scaturì il mio coinvolgimento nell’inchiesta fino all’archiviazione due anni e mezzo più tardi. Le calunnie di Fasanella poggiavano su un classico dispositivo mentale di tipo proiettivo che permette di attribuire agli altri quelle che sono le proprie aspirazioni, anche più inconfessabili: ciò che si avrebbe in gran desiderio di fare o accettare. E siccome l’autonomia e l’indipendenza non sono le caratteristiche peculiari di chi anima queste proiezioni, per costoro diventa più che legittimo ritenere che tutti ne siano privi sol perché essi ne sono sprovvisti. E bene, la storia di Denis Berger, «marxista eterodosso, comunista dissidente, universitario non accademico che aveva fatto parte di quel piccolo gruppo di militanti anticolonialisti che durante la guerra d’Algeria hanno salvato l’onore internazionalista della sinistra francese appoggiando attivamente la lotta del popolo algerino», è la migliore risposta a gente del genere.

*  *  *

Denis Berger è morto il 6 maggio scorso. Ci ha lasciato dopo una lunga malattia. «Un carattere caloroso, dotato di un’ironia devastante, allergico ad ogni dogmatismo», così lo ha ricordato Michael Löwy, autore dell’articolo che segue, scritto per il Dizionario del Movimento operaio francese (le «Maitron»). Denis era un intellettuale concreto che sapeva agire mettendo a rischio la propria persona. L’ho conosciuto nel 1992. Ero riparato in Francia da un anno. Ci siamo incontrati per la prima volta nel dipartimento di scienze politiche dell’università di Paris 8, saint Denis-Vincennes, dove insegnava. Stavo tentando tra mille difficoltà di iscrivermi e riprendere gli studi. Non avevo documenti, il lavoro era scarso, i soldi pochi e il francese ancora stentato. Ero arrivato a lui tramite un altro professore, René Loureau. Non ci mise molto a capire che davanti non aveva uno dei soliti studenti. Denis è stato uno dei miei primi professori francesi. Era amato dagli allievi per i suoi corsi coinvolgenti. Non esitava a responsabilizzarti affidandoti relazioni e seminari. Veniva da una storia che era stata il crogiolo degli ultimi grandi pensatori francesi (da Henri Lefebvre a François Châtelet, passando per Felix Guattari, Claude Leffort ecc). Ma Denis non era solo questo. Nei miei anni d’esilio è stato un punto di riferimento, una figura rassicurante, protettiva, come un padre. Seguiva con premura i nostri percorsi, il mio e di altri ex militanti arrivati da altri Paesi, anch’essi rifugiati. Ci accompagnava, ci consigliava. Quando, nel novembre 1993, venni arrestato nei locali della prefettura di place d’Italie, dove ero stato convocato per ritirare il permesso di soggiorno, non esitò a coinvolgere i livelli istituzionali dell’università. Era il periodo delle elezioni d’ateneo e i compagni di facoltà s’inventarono una lista tutta per me. Riuscirono a farmi eleggere come rappresentante degli studenti nel consiglio di facoltà, accanto ai sindacatini. Un segno di solidarietà forte, di radicamento nella società francese che metteva in difficoltà la strategia del governo di destra del primo ministro Balladur, i giudici della Chambre e gli argomenti delle autorità italiane che avevano inviato la richiesta di estradizione. Denis era capace di gesti sorprendenti, come nel giorno in cui la corte pronunciò il suo parere favorevole all’estradizione. Il vecchio professore dalla chioma bianca memore del suo passato sorprese tutti saltando oltre le barriere per raggiungermi e abbracciarmi davanti a dei gendarmi rimasti imbambolati. Quel suo saper osare, e scegliere il momento giusto, lo capii solo più tardi, quando conobbi meglio la sua lunga storia politica, gli anni del réseau Spitzer, quello dei “porteurs de valises”. Come ricorda Michael Löwy, Denis Berger ha fatto parte di quella piccola truppa di militanti della sinistra francese che capirono l’importanza strategica della questione coloniale, di quanto fosse centrale schierarsi e agire per l’indipendenza dell’Algeria. Tra le imprese tentate allora – ci racconta sempre Löwy – il progetto di fuga dal carcere di Fresnes del 7 gennaio 1961. Con l’aiuto di Gerard Spitzer, anch’egli imprigionato, Denis organizzò la fuga di Mohamed Boudiaf e altri due suoi compagni di lotta, Doum e Bensalem. Alla fine però soltanto quest’ultimo riuscì a prendere il largo. Andò meglio nel febbraio 1961. Questa volta venne messa in piedi l’evasione di sei donne del  réseau Jeanson – due algerine e quattro francesi – dalla prigione della  Roquette (oggi smantellata e trasformata in un giardino pubblico). Le sei furono poi condotte clandestinamente in Belgio. Nel maggio 1962, invece, ci fu la preparazione del colpo grosso. Durante i negoziati d’Evian, gli algerini chiesero a Denis un aiuto per portare a termine l’evasione dei loro principali dirigenti, Ben Bella, Ait Ahmed e Mohamed Khidder, rinchiusi nel castello di Turquant vicino Saumur. Denis e i suoi compagni scovarono una galleria sotterranea che portava alle cantine della fortezza, ma una telefonata inopportuna di Ben Bella à Rabah Bitat (rinchiuso a Fresnes) mise la polizia sull’avviso e fece saltare l’intera operazione. Il resto della sua storia lo potete leggere nell’articolo quei sotto (in francese). Ecco chi era Denis Berger. Ecco il genere di persone che hanno aiutato i rifugiati italiani degli anni 70 riparati in Francia. Denis Berger ha fatto parte degli anni migliori della mia vita, quelli in cui mi sono formato definitivamente e sono maturato culturalmente. Anni dove le parole amicizia e solidarietà hanno trovato il loro significato più forte e pieno. A questa bella realtà sono stato strappato un giorno. Forte è il rammarico di non averlo riabbracciato per tempo, insieme agli altri scomparsi nel frattempo, Daniel Bensaïd, Jean-Marie Vincent, Roberto Silvi…. . Ciao Denis!

La biographie de Denis Berger

Par Michael Löwy 7 mai 2013

DENIS BERGER 1932 – 2013

Dénis BergerDenis BERGER, Paris (7ème arrondissement), 11 juin 1932. Dirigeant communiste oppositionnel, fondateur du journal La voie communiste, actif dans les réseau de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie. Enseignant au département de sciences politiques de l’Université de Paris 8 à partir de 1982. Denis Berger a exercé une influence souterraine importante sur l’extrême-gauche française des années 50 et 60, en particulier à travers le journal La voie communiste, dont il fut le principal animateur. Malgré la grande diversité de ses engagements politiques et organisationnels successifs et souvent éphémères, l’adhésion à un communisme de gauche, antistalinien, anticolonialiste et anti-impérialiste, donne le fil rouge de sa vie militante. Son activité militante commence en mars 1950, quant il adhère à la cellule étudiante du Parti Communiste Internationaliste (PCI), Section Française de la Quatrième Internationale. Sa première action importante sera la participation à la brigade de travail “14 Juillet” -organisée par le PCI en solidarité avec la Yougoslavie – qui va contribuer à construire une Cité Universitaire à Zagreb (été 1950). De retour à la cellule étudiante du PCI, il participe aux ventes du journal trotskyste “La Vérité” aux portes de la Sorbonne, et se trouve dans l’obligation de se défendre contre des attaques musclées de militants du PCF. Lors d’un meeting le 9 février 1953, il va se confronter personnellement, à coups de gourdins, avec Le Pen et ses hommes, qui interviennent aux cris de “Vive la réaction !”. Lors de la scission du PCI, il se solidarise avec le courant de Pablo et Frank, et accepte de mettre en pratique l’orientation “entriste” adoptée par la majorité du Secrétariat International de la Q.I. (mais seulement la minorité du PCI). Il adhère donc en 1953 au PCF, où il devient membre – et bientôt secrétaire – de la cellule “Saint Just”, composée d’étudiants d’histoire, où il côtoyé Alain Besançon, Claude Mazauric et Paul Boccara. Il reconnaît, devant ses camarades du PCF, avoir été un “trotsko-titiste”, et se trouve, pour cette raison, écarté du comité de section. Parallèlement, il devient un des responsables du “travail entriste” du PCI, et bientôt membre de son Comité Central et de son Bureau Politique (1955). Devenu instituteur à Saint Ouen en 1954, D.Berger passe à militer dans des cellules de banlieue du PCF. En 1956, suite au XXème congrès du PCUS et aux “événements” d’Hongrie, des courants dissidents apparaissent au sein du PCF. Felix Guattari, psychiatre ex-trotskyste, propose à des étudiants de la cellule de philo du Parti avec lesquels il est en contact -Lucien Sebag, Anne Giannini, et d’autres – la fondation d’un bulletin d’opposition interne : “Tribune de Discussion”. D.Berger rejoint ce groupe, qui va bientôt adhérer au PCI, et publier des prises de position radicales contre l’invasion soviétique en Hongrie. La “Tribune” entre peu après en contact avec un autre groupe de militants oppositionnels du PCF – Victor Leduc, Jean Pierre Vernant, Yves Cachin, Gerard Spitzer – qui a des opinions plus ambivalentes sur les événements hongrois, et qui avait crée son propre bulletin : “l’Etincelle”. Certains intellectuels oppositionnels – comme Henri Lefebvre et François Châtelet – collaborent aux deux bulletins, qui finiront après quelques discussions, par fusionner au printemps 1957, en produisant une publication conjointe sous le titre “Etincelle -Tribune de Discussion”. La dénonciation de Denis Berger et de ses amis comme trotskystes par l’ex-militante du PCI (devenue pro-soviétique) Michelle Mestre provoque le départ de Victor Leduc et de ses amis de “l’Etincelle” à la fin 1957. Quelques mois plus tard Gerard Spitzer, qui avait rejoint le bulletin “La Tribune de Discussion”, convainc le groupe à s’engager à fond dans la combat contre la guerre coloniale en Algérie. C’est à ce moment, début 1958, que Denis Berger décide, avec ses camarades, de lancer un journal, La Voie Communiste, qui se présente toujours comme une opposition interne du PCF, mais s’adresse en fait à un public plus large. Soutenu financièrement pendant une (très) courte période par J.P.Sartre, la publication aura comme principale ressource la clinique de Laborde, à Cour-Cheverny, où exerce Felix Guattari. Pendant ce temps, un débat s’ouvre au sein du PCI : tandis que D.Berger propose que le parti rejoigne un regroupement large avec des oppositionnels du PCF, limitant l’activité trotskyste à une revue théorique, Pierre Frank et la majorité – soutenus par les dirigeants internationaux, Michel Pablo et Ernest Mandel – insistent sur la construction du PCI comme noyau du parti révolutionnaire. La confrontation aboutit à la rupture et au départ fin 1958 de D.Berger et ses camarades – Lucien Sebag, Anne Giannini, Gabriel Cohen-Bendit, Felix Guattari. La Voie Communiste, qui s’est renforcé avec l’adhésion de Simon Blumenthal, Roger Rey et d’autres, décide de soutenir le FLN, et prend contact avec la Fédération de France du mouvement indépendantiste algérien. Arrêté le 5 décembre 1958 avec un groupe de militants français et algériens – dont Moussa Khebaïli, chef de la willaya Paris-périphérie – D.Berger passe dix jours dans les caves de la DST, mais – contrairement aux militants maghrébins – n’est pas torturé, et finit par être libéré par absence de preuves. Exclu du PCI fin 1958 et du PCF en 1960 – il avait en fait cessé de militer dans ce parti – D.Berger connaît aussi des difficultés internes dans La Voie Communiste, où il se trouve, pendant quelques temps, marginalisé. Il se consacre essentiellement, avec certains amis de la V.C. comme Roger Rey, à l’aide au FLN, en se spécialisant dans l’évasion de militants anticolonialistes. Ainsi, le 7 janvier 1961, ils préparent, avec l’aide de Gerard Spitzer, lui aussi emprisonné à Fresnes, la fuite de Mohamed Boudiaf et deux de ses compagnons – Doum et Bensalem – mais seulement ce dernier réussira à partir. L’opération la plus réussie a été l’évasion de six femmes du réseau Jeanson – deux algériennes et quatre françaises (dont Micheline Pouteau et Hélène Cuénat) – de la prison de la Roquette en février 1961, et leur sortie clandestine de la France (vers la Belgique). En mai 1962, pendant les négociations d’Evian, les algériens demandent à Denis Berger et Roger Rey d’aider à l’évasion de leurs principaux dirigeants, Ben Bella, Ait Ahmed et Mohamed Khidder, enfermés au château de Turquant près de Saumur. D.Berger et ses amis trouvent une galerie souterraine qui mène aux caves du château, mais un coup de téléphone malencontreux de Ben Bella à Rabah Bitat (emprisonné à Fresnes) met la police aux aguets et fait avorter la tentative. Au moment de l’Independence de l’Algérie D.Berger et ses amis de La Voie Communiste décident de soutenir Mohamed Boudiaf et son Parti de la Révolution Socialiste, plutôt que Ben Bella. Le groupe suit de près les événements en Algérie indépendante, mais s’intéresse aussi aux critiques chinoises à la politique soviétique, qui commencent à s’exprimer à cette époque. Cette question provoque des tensions internes, et en 1965 le groupe éclate, avec le départ de Felix Guattari et plusieurs autres. D.Berger – avec quelques proches – continue à publier un bulletin, bien plus modeste, intitulé “La Voie”. Pendant les années qui suivent, il s’investit surtout dans le Comité Vietnam National et dans le Tribunal Russel contre les crimes de guerre au Vietnam, deux organisations où il exerce des fonctions de secrétaire. Il participe aux séances du Tribunal Russel à Stockholm et Copenhagen, ainsi qu’à une mission d’enquête – composée entre autres par le dirigeant noir américain Stokely Carmichael et Mehmet Ali Aybar du Parti Ouvrier Turc – envoyée par celui-ci au Vietnam en été 1967. En mai 1968 il prend part aux événements sans jouer un rôle particulier. Après l’éphémère tentative de publier la revue Front (avec le soutien du FLN algérien) en 1969-70, D.Berger et ses amis de “La Voie” – dont sa compagne, Michelle Riot-Sarcey – décident, en 1971, d’adhérer au Parti Socialiste Unifié, où ils s’intègrent dans le courant marxiste-révolutionnaire animé par Jean-Marie Vincent et Jacques Kergoat. Lorsque en 1972 la plupart des militants de cette tendance décident d’adhérer à la Ligue Communiste Révolutionnaire, Denis Berger quitte lui-aussi le PSU, mais n’adhère à l’organisation trotskyste que trois ans plus tard (1975). Devenu chargé de cours à temps plein au département d’Economie Politique de l’Université de Paris 8 (Vincennes) en 1972, il milite à la cellule de la LCR dans cette université, en compagnie de Jean-Marie Vincent et d’Henri Weber. Il participe au comité de rédaction de la revue de la Ligue, Critique Communiste et contribue à la formation – avec Michel Lequenne – en 1977, d’un courant oppositionnel dans la LCR, la T-3 (Tendance Trois). Ses principaux désaccords avec la ligne de l’organisation concernent la stratégie de construction du parti, et la conception trotskyste classique sur la nature de l’URSS. Lorsque D.Berger, Michel Lequenne, J.M.Vincent et d’autres rédacteurs de Critique Communiste condamnent l’invasion soviétique en Afghanistan, ils se verront infliger un “blâme” par la direction de la Ligue. Lors du départ de plusieurs militants de la T-3 en 1985, il quitte de façon discrète la LCR, mais contrairement à la plupart de ces camarades, ne rejoint pas le parti Vert. A partir de cette date, D.Berger n’appartient plus à aucun organisation politique, mais continue à avoir des activités politiques et syndicales (il est militant du SGEN depuis 1972). Devenu assistant au département de Sciences Politiques de l’Université de Paris 8 en 1982, il passe son doctorat en 1988 avec une thèse intitulée “Les partis politiques : essai méthodologique. Le cas du PCF”, sous la direction de J.M.Vincent et est élu maître de conférences en 1989. Si dans le passé ses écrits prenaient surtout la forme d’articles de revues et journaux, il publie à partir de cette date deux ouvrages qui auront un certain retentissement dans l’opinion de gauche : Le spectre défait. Le fin du communisme ?, (1990) et, avec Henri Maler, Une certaine idée du communisme. Répliques à François Furet (1996). Il participe aussi à plusieurs ouvrages collectifs et est un des fondateurs (1990) de la revue Futur Antérieur . Récemment, renouant avec son passé de communiste oppositionnel, il participe à la rédaction du journal du courant communiste refondateur du PCF, Futurs. OEUVRES : Le spectre défait. Le fin du communisme ?, Paris, Editions Bernard Coutaz, 1990 ; avec Henri Maler, Une certaine idée du communisme. Répliques à François Furet , Paris, Editions du Felin, 1996. Participation aux ouvrages collectifs Permanence de la Révolution (Editions la Brèche, 1989), Femmes, Pouvoirs (Kimé, 1993), Démocratie et Représentation (Kimé, 1995), Marx après le marxisme (L’Harmattan, 1997) et Faire Mouvement (PUF, 1998). SOURCES : Hervé Hamon, Patrick Rotman, Les porteurs de valises. La résistance française à la guerre d’Algérie, Paris, Albin Michel, 1979 ; Ali Haroun La Septième Willaya, Paris, Seuil, 1986. Entretien avec D.Berger, novembre 1998.

Elogio della miscredenza

Recensioni – Daniel Bensaïd
Fragments Mécréants
Mythes identitaires et république imaginaire,

Éditions Lignes,
ottobre 2005, pp. 187, € 14,90

Paolo Persichetti

Le periferie francesi bruciano. Cinque milioni di persone originarie dell’immigrazione degli ultimi decenni, ma ormai relegate in una condizione di postesilio, tra un passato dimenticato e un avvenire incerto, prive della lunga gestazione molecolare che ha forgiato la cultura repubblicana, incarnano il malessere di un mondo che ha perso ogni speranza compresa quella del ritorno verso la propria Itaca immaginaria. Allora i rumori di rivolta che si sprigionano dai loro quartieri-ghetto annunciano i bagliori di una grande intifada che rischia di contaminare le altre periferie d’Europa.
Pare che «tutto va in pezzi e questi pezzi si frantumano a loro vota in mille altri pezzi». L’immagine evocata da Benjamin riassume efficacemente la febbre identitaria che travolge le società attuali, sempre più in balia di nuove «guerre d’identificazione» e overdosi memoriali, come se avessero dimenticato la riflessione di Nietzsche sull’impossibilità di vivere senza oblio. A chi l’interrogava sulle sue origini, Brecht rispondeva di non avere radici ma gambe per spostarsi. «Rifiutava l’immobilità vegetale, l’infossamento verticale della stirpe, ad essa opponeva le solidarietà storiche orizzontali», ricorda Daniel Bensaïd nel suo pamphlet, Fragments Mécréants. Mythes identitaires et république imaginaire, Lignes, pp. 187, € 14,90.
Una riflessione che, prendendo spunto da una lunga serie di controversie, come la legge che vieta i segni religiosi ostensibili nelle scuole, le lacerazioni che la sua applicazione ha provocato nei gruppi femministi, le polemiche suscitate dal ruolo giocato dall’esponente mussulmano Tariq Ramadan, gli atti d’antisemitismo e d’arabofobia, la concorrenza vittimaria tra i sopravvissuti del genocidio e i discendenti della tratta degli schiavi, le riscritture legislative che vorrebbero edulcorare il passato coloniale, fino all’appello degli «indigeni della repubblica», in realtà va ben oltre i confini d’Oltralpe. Per esempio, la critica rivolta a quei patetici ex nouveaux philosophes, divenuti nel frattempo «nuovi teologi», chiama in causa anche le posizioni dei nostri «atei devoti», come Fallaci, Ferrara e Pera. Ma attenzione, la posizione di Bensaïd non segue affatto sentieri scontati, rifiuta di iscriversi all’interno del confronto stereotipato che oppone gli assertori del relativismo culturale ai difensori della superiorità di un Occidente nelle sue versioni antitetiche, razional-illuminista o giudeocristiana. La strada percorsa propone invece l’uscita dalla guerra dei miti, sacri e profani, laici e religiosi, identitari e universalistici.
Il velo islamico, infatti, ha mostrato più di quanto avrebbe voluto nascondere. Rivelatore della grande nevrosi laica, sorta di alienazione profana speculare a quella religiosa, convogliata nella costruzione di una repubblica immaginaria, astratta e artificiale, dove in realtà un sempre più fragile cattolicesimo secolarizzato si è fatto scudo della retorica repubblicana per contrastare il proselitismo aggressivo dell’islam. La laicità non definendosi più come un’autonoma concezione opposta a ogni forma di confessionalismo, ma unicamente contro una religiosità specifica, è morta. Nata come un tentativo di preservare la neutralità dello spazio pubblico, si è trasformata in una invasiva codificazione sugli usi del corpo, non dissimile da qualsiasi altra forma di comunitarismo confessionale, anzi il suo esatto riflesso. Sottrarre diritti e libertà di ciascuno, quando questi siano condizione della libertà di tutti, è sempre un fattore negativo. Pensare di dare libertà, sottraendo diritti alla persona, in un conflitto che individua nei divieti statali gli strumenti per sconfiggere le oppressioni comunitarie, ha ribaltato l’idea dell’affermazione dei diritti come percorso d’emancipazione. Ormai gli eredi della rivoluzione francese ritengono il cammino verso la libertà nient’altro che una gimcana di divieti.
Un tempo esisteva il lavoratore immigrato, oggi resta solo l’immigrato senza lavoro, spoliato d’ogni possibile soggettivazione politica e per questo, come afferma Rancière, «ridotto a una identità sociologica che oscilla tra la nudità antropologica di una razza e di una pelle differente». Emerge così quella che molti storici ultimamente hanno definito la «frattura coloniale». La crisi della società fordista ha dissolto i vecchi integratori sociali. La comunità d’origine ha rimpiazzato il ruolo svolto un tempo nel territorio da partiti e sindacati con le loro strutture collaterali. La scuola e il lavoro da spazi che operavano mediazione e integrazione sono divenuti luoghi d’esclusione e ghettizzazione. Allora si è fatta strada la «rivincita di Dio», la comunità dei credenti ha rimpiazzato le vecchie solidarietà, la memoria dolorosa ed esclusiva è diventata il cemento di una costruzione identitaria di sostituzione. Non si convocano più gli universali, la memoria ferita è evocata unicamente come un referente preclusivo: quasi che l’indignazione contro la tratta degli schiavi fosse monopolio dei neri, quella contro il colonialismo unicamente delle popolazioni che l’hanno subito, il genocidio sacro affare degli ebrei, il sessismo tema riservato alle donne e l’omofobia agli omosessuali. Per riabilitare una identità troppo a lungo negata, le ideologie delle decolonizzazioni «hanno dovuto reinventare le filiazioni collettive, nelle diverse versioni dell’arabismo e della negritudine». Il tragico fallimento dei processi d’indipendenza nazionale ha esacerbato le identità rimosse favorendo i processi di etnicizzazione e confessionalizzazione delle nazioni. Un vortice vittimista che aggiunge «divisioni alle divisioni, e fa girare a pieno regime la sterile macchina della colpevolizzazione». Al posto delle alleanze e delle solidarietà viene suscitato solo il sospetto reciproco generale. È questa la critica principale che Bensaïd muove all’appello degli indigeni della repubblica: l’errore di rinchiudersi nel passato, di cercare il futuro nelle radici, di non liberarsi dalle catene delle origini, di «lasciarsi inchiodare al museo delle identità subite», cercando il ripiego più della rottura, l’avvitamento al posto dell’oltrepassamento.
Ma se L’origine non prova nulla e non legittima niente, dov’è la soluzione? Essa è antitetica a qualsiasi genealogia, e passa attraverso la costruzione di spazi pubblici comuni, culturalmente e linguisticamente plurali, sul modello della «nazione culturale» già pensata da Otto Bauer di fronte alla decomposizione dell’impero multinazionale austro-ungarico. Un esempio ripreso dal modello zapatista, anteposto a quello senderista che etnicizza il litigio, individuando nella separazione razziale il passaggio obbligato per riparare i torti commessi verso gli indigeni. Ma anche qui, attenzione alla retorica del meticciato commerciale, estetizzato dalla pubblicità, stile Oliviero Toscani, che tende a sfumare i contrasti, annegare le discordie nel consenso buonista, trasfigurando la figura del meticcio in un «testimone amnesiaco». Rendendo innominabile il torto subito dai vinti, questa parodia della società meticcia funzionerebbe unicamente come antimemoria, nutrendo una fobia di ritorno nei confronti delle fusioni e delle contaminazioni d’ogni tipo. Un fantasma reattivo di purezza e di purificazione, che al tempo stesso rischia di suonare alle orecchie del postcolonizzato come un obbligo a dissolversi nella cultura dominante.
Allora per superare le identità vendicative e ricomporre i frammenti del mosaico, contro ogni credenza o mito delle origini è più utile ritornare alla comune condizione sociale, alla realtà generale del rapporto di classe e di genere, uniche discriminanti che attraverso la pratica del conflitto federatore uniscono e non frastagliano in mille identità irreconciliabili.

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La remise extraordinaire de Paolo Persichetti: un kidnapping sarkozien

La remise extraordinaire de Paolo Persichetti

Daniel BENSAÏD  et Gilles PERRAULT

Libération vendredi 19 mai 2006

La publication de Ma Cavale de Cesare Battisti, préfacé par Bernard-Henri Lévy, relance la controverse sur le sort des réfugiés italiens en France. Certains chroniqueurs se piquent à cette occasion de refaire le procès et de jouer les procureurs. Solidaires de Battisti dans son échappée, tel n’est pas notre propos. La décision d’extrader Battisti, condamné en Italie in absentia, rompt la parole donnée au nom de l’Etat français par un président et un Premier ministre en exercice. Le 20 avril 1985, François Mitterrand avait écrit à la Ligue des droits de l’homme : «J’ai dit au gouvernement italien que ces Italiens étaient à l’abri de toute sanction par voie d’extradition.» Le 4 mars 1998, Lionel Jospin, alors Premier ministre, confirmait cette « doctrine Mitterrand» : «Mon gouvernement n’a pas l’intention de modifier l’attitude qui a été celle de la France jusqu’à présent. C’est pourquoi il n’a fait et ne fera pas droit à aucune demande d’extradition d’un des ressortissants italiens qui sont venus chez nous à la suite d’actes de nature violente d’inspiration politique réprimés dans leur pays». Confiants dans cette parole donnée au nom de la France, plusieurs dizaines de réfugiés ont reconstruit leur vie au grand jour. C’est cette confiance qui est aujourd’hui bafouée, fragilisant plusieurs dizaines de personnes contre lesquelles, depuis leur arrivée dans ce pays, aucun grief n’a été établi.

On a pu lire dans la presse, à l’occasion de la parution du livre de Battisti, que l’engagement pris par François Mitterrand avait été respecté jusqu’à l’arrestation de l’écrivain en 2004. C’est avoir la mémoire bien courte. Il existe en effet un scandaleux précédent. Le 22 août 2002, à la faveur de la distraction estivale, Paolo Persichetti fut lâchement enlevé et livré dans la nuit même aux autorités italiennes sous le tunnel du Mont-Blanc, «métaphore, écrit l’extradé avec un humour grinçant, d’un accord souterrain, signé sans aucune transparence dans les chambres obscures du pouvoir et accompli dans le centre de la terre après une course folle au bout de la nuit». Ce kidnapping sarkozien n’a hélas pas bénéficié du même émoi dans le milieu littéraire que l’envol de Battisti. Or, si Cesare Battisti est en cavale, Paolo Persichetti, condamné sans appel sur le seul témoignage d’un repenti à vingt-deux ans de détention, est enfermé depuis quatre ans déjà à la prison de Viterbo. Son livre Exil et châtiment : coulisses d’une extradition, (Textuel 2005), est un démontage méticuleux de la théorie italienne du complot, du mécanisme de collaboration policière, des incohérences de l’instruction. A quelques exceptions près, les médias français ont gardé sur cet impitoyable réquisitoire un assourdissant silence.

Le cas Persichetti est pourtant exemplaire de ce qui est aujourd’hui en jeu. Arrêté en 1987 pour «organisation de bande armée» dans le cadre de l’enquête sur les Brigades rouges, il fit l’objet d’une seconde inculpation pour participation à l’attentat mortel du 20 mars 1987 contre le général Licio Gorigieri. Lavé de cette accusation en décembre 1989 par la cour d’assises, il fut condamné à cinq ans pour organisation de bande armée et remis aussitôt en liberté pour avoir accompli plus d’un an de préventive. En 1991, il fut condamné en appel à vingt-deux ans sur le seul témoignage d’un repenti. La sentence n’étant pas immédiatement applicable en vertu d’un recours en cassation, il s’est alors exilé en France. En novembre 1993, il fut arrêté dans les locaux de la préfecture de police où il s’était présenté volontairement pour renouveler son permis de séjour. En 1994, Edouard Balladur signait son décret d’extradition. Le président Mitterrand étant intervenu en faveur de sa remise en liberté, il fut libéré en janvier 1995. Il vivait depuis en pleine légalité, avait terminé ses études de sciences politiques, et enseignait à Paris-VIII.

Son extradition, sept ans plus tard, sur ordre du tandem Sarkozy-Perben, constituait une violation flagrante de l’article 14 de la Convention européenne d’extradition du 13 septembre 1957. Il est en effet avéré qu’elle répondait à la demande des autorités judiciaires italiennes, en quête de coupable pour l’assassinat, au printemps 2002, d’un conseiller du gouvernement Berlusconi, Marco Biagi. A peine incarcéré à Ascoli, Persichetti fit en effet l’objet d’une nouvelle instruction de la part des juges de Bologne. Or, la Convention européenne stipule que «l’individu qui aura été livré ne sera ni poursuivi ni jugé pour un fait autre que celui ayant motivé l’extradition». Au terme de deux ans d’enquête sinistrement grotesque, le juge des enquêtes préliminaires dut prononcer, le 5 novembre 2004, un non-lieu définitif en faveur de Persichetti, car «le bien-fondé de l’hypothèse d’accusation doit être considéré exclu», étant donné que les recherches n’ont fait émerger «aucun élément impliquant la personne soumise à enquête».

Il n’en demeure pas moins que Persichetti est toujours en prison et que toutes ses demandes d’assouplissement des conditions de détention ont à ce jour été rejetées. Comme l’écrivait Erri De Luca dans sa préface à Exil et châtiment, «la cellule refermée sur Paolo Persichetti est soudée à la flamme froide de la rancune». Si l’on doit se réjouir de l’émoi suscité par le cas Battisti, il ne faudrait pas qu’une infamie puisse en effacer une autre. Puisse la mobilisation autour de Cesare Battisti tirer des oubliettes le cas Persichetti, otage de deux déraisons d’Etat ! Puisse aussi, l’arrivée d’une coalition de centre gauche en Italie ouvrir enfin le débat sur l’amnistie!

N’est-il pas grand temps de tourner la page de ce passé qui ne passe pas, comme en témoigne encore l’acharnement judiciaire contre Adriano Sofri? Pourquoi l’amnistie semble-t-elle inconcevable en Italie ? Pourquoi la droite et la gauche italiennes, à de rares exceptions près, semblent-elles partager la même crispation tétanisée à ce sujet ? Et pourquoi entretenir la légende d’une fausse symétrie entre « deux démons », alors que la balance est aussi inégale entre un terrorisme d’Etat où se croisent les réseaux d’extrême droite, la loge P2, la mafia, des experts en guerre froide de l’Otan, et une poignée de militants qui se sont clairement expliqués sans se renier sur leur passé (voir la Révolution et l’Etat, d’Oreste Scalzone et Paolo Persichetti, Dagorno, 2000). En Argentine même, à l’occasion du trentième anniversaire de l’instauration de la dictature militaire, le président Kirchner vient de renoncer officiellement, au soulagement d’une partie des Mères de la place de Mai, à ce mythe d’une responsabilité équivalente de l’Etat et de ses victimes. Romano Prodi et sa majorité seront-ils capables d’un geste analogue ?
Mais comme l’écrit encore Erri De Luca : «Je suis dans un pays qui ne considère jamais la condamnation comme purgée. L’ennemi que nous avons été est encore inavouable pour notre pays» qui a « la rancune intacte » et conserve le temps passé «dans une icône de haine». L’extradition de Battisti après la livraison de Persichetti ne serait qu’un sacrifice supplémentaire consenti à cette icône, «au nom du peuple français» !